© E. Martel - Tous droits réservés
Que voyez-vous, infirmières, que voyez-vous?
Que pensez-vous quand vous me regardez?
Une vieille femme grincheuse, un peu folle,
Aux yeux égarés, dont les habitudes sont incertaines.
Qui laisse tomber sa nourriture et ne répond pas,
Quand vous dites d'une voix forte « Essayez donc! »
Qui semble ne pas prêter attention à ce que vous faites,
Et perd toujours ses chaussures et ses bas.
Qui, résignée ou non, vous laisse faire à votre guise,
Le bain et le repas pour remplir la longue journée.
Est-ce cela que vous pensez? Est-ce cela que vous voyez?
Alors ouvrez les yeux, infirmières, car vous ne me voyez pas.
Je vais vous dire qui je suis, alors que je suis assise ici,
Alors que je vous obéis, alors que je mange à votre guise.
Je suis une enfant de dix ans avec un père et une mère,
Des frères et des sœurs qui s'aiment les uns les autres.
Une jeune fille de seize ans avec des ailes aux pieds,
Rêvant qu'elle rencontrera bientôt un amoureux.
Une mariée de vingt ans, dont le cœur bondit,
Se souvenant des vœux qu'elle a promis de tenir.
À vingt-cinq ans, j'ai maintenant mes propres petits
Qui ont besoin de moi pour les guider, et d'un foyer sûr et heureux.
Une femme de trente ans, mes enfants grandissent vite,
Liés les uns aux autres par des liens qui devraient durer.
À quarante ans, mes jeunes fils sont grands et sont partis,
Mais mon homme est à mes côtés pour voir que je ne pleure pas.
À cinquante ans, à nouveau, des bébés jouent autour de mes genoux,
À nouveau nous connaissons les enfants, mon bien-aimé et moi.
Des jours sombres arrivent, mon mari est mort.
Je regarde vers l'avenir et je frémis d'effroi.
Car mes enfants élèvent maintenant leurs propres petits,
Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus.
Je suis maintenant une vieille femme... et la nature est cruelle.
C'est une plaisanterie de faire paraître la vieillesse pour une folle.
Le corps s'écroule, la grâce et la vigueur s'en vont.
Il y a maintenant une pierre là où autrefois j'avais un cœur.
Mais à l'intérieur de cette vieille carcasse, une jeune fille demeure toujours,
Et de temps en temps mon cœur épuisé se gonfle.
Je me souviens des joies, je me souviens des peines,
Et je revis et j'aime chaque jour à nouveau.
Je pense aux années trop peu nombreuses, passées trop vite,
Et j'accepte le fait austère que rien ne peut durer.
Alors ouvrez les yeux, infirmières, ouvrez-les et voyez.
Pas une vieille femme grincheuse... Regardez de plus près... voyez-MOI!
(Phyllis McCormack)